Christophe Desforges


​Je fais la tentative de faire apparaître des scories, des restes, des traces avec les outils graphiques de ce qui est perçu lors de situations de mouvements, de déplacements. Il s'agit d'une sorte de prélèvement de ce qui a été éprouvé lors de situation d'errance, de ce qui s'est agit lors d'observations face à la mobilité du paysage. Ne reste que des vues partielles, des instantanés additionnés pêle­mêle dans la mémoire recomposée. Les dessins liés à ces expériences sont réalisés sur des supports instables, enduits de résine ou de cire. Les effacements, les recouvrements agissent et perturbent les trajets graphiques, les lignes se brouillent, se chevauchent comme les simultanéités d'un temps de pensée. Les formats ne sont pas prémédités, il se composent dans la progression du travail par l'ajout et le retrait de fragments et produit ainsi des séquences graphiques. Le montage final s'affirme selon un dispositif panoramique.
Des récits rencontrés lors de mes lectures vont favoriser les nouvelles productions de dessins. Des auteurs (Golovanov, Kerouac, Jean­-Christophe Bailly, François Bon, Julien Gracq, André du Bouchet...) qui dans l'écriture relatent des expériences éprouvées lors de traversées de paysages. Les marches physiques et temporelles deviennent de véritables déclencheurs quant au désir de dessins. J'inscris dans l'espace du dessin des fragments photographiques, des relevés, des indices prélevés dans les lectures et les promenades qui forment des coïncidences propices ; une sorte de travail d'enregistrement discontinu qui aurait les caractères d'une réserve ou d'un fond d'atelier. Da manière ambivalente, l'écriture rejoint le dessin dans une architecture graphique troublée où se multiplie la nature des tracés comme pour brouiller les cartes.

Christophe Desforges